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Le Traumatisme

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Comprendre le traumatisme psychique

 

Le traumatisme psychique est une blessure invisible qui peut laisser des traces durables dans le cerveau, le système nerveux, le corps, les émotions et les relations, bien après que le danger a disparu. Il ne se définit pas seulement par l'événement vécu, mais par la manière dont celui-ci a débordé les capacités de la personne à faire face, à comprendre et à intégrer ce qui lui arrivait.

Au cœur du traumatisme, il y a souvent une expérience de terreur, d'effroi, d'impuissance extrême. Quelque chose a été vécu comme trop intense, trop envahissant, trop menaçant, sans qu'il soit possible de s'en protéger, de s'échapper, de mettre du sens ou de trouver suffisamment d'appui autour de soi.

Le traumatisme naît souvent là : dans cette rencontre entre une expérience insoutenable et l'impossibilité, sur le moment, de la métaboliser psychiquement et corporellement.

Certaines expériences traumatiques sont liées à ce qui a été trop : trop de peur, trop de violence, trop de douleur, trop de tension, trop d'imprévisibilité, trop d'intrusion. D'autres relèvent de ce qui a été trop vite : un choc brutal, une effraction soudaine, un événement qui survient sans préparation et submerge instantanément les capacités d'adaptation.

D'autres encore s'inscrivent dans ce qui a duré trop longtemps : un climat chronique d'insécurité, de critique, de menace, de confusion ou d'instabilité.

Mais le traumatisme peut aussi naître de ce qui a été trop peu, pendant trop longtemps : trop peu de sécurité, trop peu de protection, trop peu de réconfort, trop peu d'accordage, trop peu de soutien, trop peu de présence fiable. Il ne vient donc pas seulement de ce qui a agressé, débordé ou envahi, mais aussi de ce qui a manqué de manière durable au moment où cela était vital pour le développement et l'équilibre intérieur.

C'est pourquoi tous les traumatismes ne prennent pas la forme d'un événement spectaculaire ou visible. Certains proviennent d'un choc aigu ; d'autres se construisent plus silencieusement, dans la répétition d'expériences relationnelles ou environnementales qui ont laissé la personne trop seule, trop longtemps, avec ce qu'elle vivait.

Lorsqu'une expérience est traumatique, elle ne s'inscrit pas comme un souvenir ordinaire appartenant clairement au passé. Elle peut rester comme une trace vivante, inscrite dans la mémoire émotionnelle et corporelle. Même lorsque l'événement est terminé, quelque chose peut continuer à se manifester dans le présent, à travers le corps, les émotions, les réactions de défense, les relations ou certaines situations du quotidien.

Le traumatisme peut ainsi se manifester de nombreuses façons : anxiété, hypervigilance, irritabilité, troubles du sommeil, fatigue profonde, difficultés relationnelles, perte de confiance, sentiment de honte ou de culpabilité, réactions émotionnelles intenses, ou au contraire l'impression d'être coupé de ses émotions. Certaines personnes revivent des images, des sensations ou des peurs anciennes ; d'autres ont simplement le sentiment de réagir « trop fort » à certaines situations, sans toujours comprendre pourquoi.

La personne peut alors se sentir en alerte, envahie, figée, coupée d'elle-même, ou traversée de réactions qui lui paraissent disproportionnées. Ces réactions ne sont pas le signe d'une faiblesse ou d'un manque de volonté. Elles témoignent souvent d'un système psychique et corporel qui a dû s'organiser pour survivre à ce qui a été trop intense, trop rapide, trop longtemps présent — ou, au contraire, trop durablement absent.

C'est aussi ainsi que l'on peut comprendre les déclencheurs.

Un déclencheur est un élément du présent — une voix, un ton, une odeur, un regard, une sensation corporelle, une situation ou une ambiance relationnelle — qui rappelle implicitement au système nerveux quelque chose de l'expérience passée. Même si le danger n'est plus là, le corps et la psyché peuvent réagir comme s'il était en train de revenir. Ce n'est pas une exagération : c'est la trace d'une mémoire traumatique qui n'a pas encore pu être pleinement intégrée.

Comprendre le traumatisme, c'est donc reconnaître que certaines souffrances ne relèvent pas d'une fragilité personnelle, mais de traces profondes laissées par des expériences qui ont dépassé les capacités d'intégration de la personne.

Le travail thérapeutique vise alors à redonner du sens à ce qui a été vécu, à reconnaître les empreintes laissées dans le corps, les émotions et les relations, à apprivoiser, voire à désamorcer, les déclencheurs, et à restaurer progressivement un sentiment de sécurité intérieure.

Il ne s'agit pas de forcer la parole ni de revivre la douleur, mais de créer un cadre suffisamment sûr pour que ce qui est resté figé, envahissant ou non intégré puisse progressivement retrouver une place. Le passé peut alors cesser d'envahir le présent pour redevenir peu à peu une histoire qui peut être pensée, ressentie, reliée et intégrée. Le système nerveux peut retrouver des repères, de la continuité et une forme de liberté intérieure.

Le travail thérapeutique vise à soutenir ce processus d'intégration en respectant le rythme de chaque personne et les capacités de son système nerveux. Dans ma pratique, j'utilise notamment l'Intégration du Cycle de Vie (LI-ICV) et, lorsque cela est indiqué, le Safe and Sound Protocol (SSP), afin de soutenir la régulation du système nerveux et le processus d'intégration des expériences traumatiques.

 

 

 

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